Le navire


Un navire s'éloigne vers l'horizon clair.
Moi je reste sur le rivage austère et froid
Et j'observe les voiles glisser sur la mer.
Seule, je pleure de le voir partir sans moi.

Les pieds ancrés dans le sable gris, solitaire,
Nul n'entend mes prières, mes larmes me noient
Face à l'immensité de l'océan désert.
Le bateau s'en va, insensible à mon effroi.

Maître des vagues, il vole vers le ciel d'azur,
Seigneur des abysses bleus, porté par l'air pur,
Il vogue par delà l'eau, par delà la mort.

Majestueux navire ailé, insoumis et libre,
Épargne-moi l'abime du déséquilibre:
Emporte mon âme de noyée à ton bord.

# Posté le samedi 15 novembre 2008 13:21

Gabriel

« FERMEZ LES PORTES !»

___Une voix, surgie du néant, venait de rugir dans l'inconscient du garçon. Gabriel ouvrit les yeux en sursaut. Il se trouvait dans une salle circulaire, plongée dans la pénombre. L'étrangeté du décor interpela immédiatement sa curiosité. Sur les murs de pierre sombre, une multitude de voiles évanescents diffusaient une lueur irréelle. En les observant plus attentivement, il s'aperçut qu'ils formaient des sortes de portails. En effet, de minces piliers étaient sculptés dans la roche, encadrant les voiles lumineux.
___Gabriel percevait une tension grandissante dans l'atmosphère, une panique incontrôlable. Quelque chose était en train de se produire. Quelque chose de terrible. Il n'était pas ici par hasard....
___Comme happé par un élan irrésistible, il se retourna subitement, le c½ur cognant contre sa poitrine. Au centre de la salle, un immense bassin creusé dans le sol semblait l'appeler. Le garçon courut vers lui et, sans plus de cérémonie, il se jeta à plat ventre sur le rebord constellé de signes mystérieux.
L'eau demeurait calme, insensible à la crainte ambiante. Il plongea son regard dans les profondeurs obscures. Tout d'abord, il ne vit rien d'autre que son reflet : un visage pâle encadré par des cheveux noirs et des yeux bleus intenses, brillants d'inquiétude. Puis l'image se brouilla, elle fit place à une vision floue. Des bruits assourdissants retentirent à ses oreilles, des cris de rage et de désespoir, des pleurs de femmes et d'enfants, des tintements métalliques et des craquements sinistres.
___L'image devint plus nette. Il reconnut un village incendié. La lumière des flammes se reflétait dans des mares de sang. Des corps inertes jonchaient le sol. Des hommes se battaient sauvagement. La détresse et la folie se lisaient dans leurs yeux.
___Son champ de vision s'agrandit, il aperçut au loin d'autres villages dévastés. Des étincelles montaient dans un ciel noir, grondant de menace.
___Une immense fente s'ouvrait dans ses nuages, d'où s'échappaient des nuées ardentes.
___Gabriel, horrifié, retira son regard de la surface de l'eau et se leva en tremblant. Il chercha des yeux une aide quelconque. Un homme à la barbe blanche, qu'il n'avait pas remarqué jusqu'ici, se dressait de l'autre côté du bassin. Il revêtait une tunique et une cape sombres. Sans lui adresser un coup d'½il, il s'avança vers un des portails.
___« Fermez les portes ! » Répéta-t-il, en levant une main dont la paume était tatouée d'un cercle noir.
___Gabriel vit alors d'autres personnes se précipiter vers les voiles lumineux tendus sur les murs et faire le même geste que l'homme. Il observa dans leur main un petit cercle noir d'où partaient une multitude de rayons pour en rejoindre un autre qui les entourait.
___Le garçon contourna le bassin et s'approcha du vieillard en noir.
___« Hé ! Monsieur, l'interpella-t-il, que se passe-t-il ? »
___Celui-ci ne marqua pas de réaction.
___«S'il vous plait, que se passe-t-il ? » Renouvela-t-il en lui empoignant le bras.
___Enfin... Le crut-il.
___Gabriel n'avait aucune prise sur lui. Sa main ne parvint pas à se poser sur son épaule et passa à travers, comme si le corps n'avait de consistance.
___Comme au travers d' un fantôme.

# Posté le vendredi 07 novembre 2008 17:24

Modifié le vendredi 07 novembre 2008 17:40

.Flammes.

.Flammes.
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Avez-vous déjà observé un feu de cheminée ?



___Imaginez-vous un beau foyer chaleureux et accueillant dont les flammes claires diffusent une douceur et une clarté rassurantes, l'ambiance paisible qui en émane, le crépitement des bûches, les braises rougeoyantes... Rien de plus relaxant en premier lieu que cette image, symbole des calmes nuits d'hiver.
___Pourtant, observez attentivement les flammes. Ces flammes qui bruissent dans le silence. Ces flammes qui s'agitent dans l'âtre sombre. Parfois, l'une d'entre elles plus hardie que les autres tente une percée. Elle atteint une hauteur grâce à laquelle elle surplombe ses s½urs, mais de par sa soif de grandeur, elle s'éteint et retourne à l'état d'étincelle.
___Fantômes lumineux qui s'envolent et retombent aussitôt parmi les braises... Ne dirait-on pas l'âme des artistes damnés ? Les Hommes restés dans l'ombre, alors qu'ils désiraient par dessus tout être reconnus ? Ils s'élancent à l'assaut des cieux, esprits tourmentés par leur échec, mais de leur vivant comme dans leur mort, ils reviennent à l'obscurité qui les berçait.
___Le feu s'étouffe, et les spectres maudits s'envolent avec la fumée grise vers les nuées qui les obnubilent. Néanmoins, ils n'y accèderont jamais, car consumés par leur ambition, ils ont vendu leur c½ur à l'Enfer, en oubliant que seules les âmes libres obtiennent la gloire immortelle.

___Ainsi, l'âme des artistes véritables ne se meurt jamais. Comme le phénix qui renaît de ses cendres, elle rejaillit n'importe où, où quelqu'un regarde son art, l'admire, le ressent, le comprend.


Lire un poème, c'est le faire vivre.
C'est perpétuer la gloire de son auteur.
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# Posté le mercredi 29 octobre 2008 06:28

Modifié le mercredi 29 octobre 2008 06:51

.Amour.

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Je n'étais rien avant toi, juste une âme perdue.
Je ne connaissais rien avant toi, sauf mes rêves
Innocents. Tu m'as aimée dès que tu m'as vue
Et notre Amour fusionnel n'a plus eu de trêve.

M'offrant une nouvelle vie contre mon c½ur
Tu as changé mes fantômes aux yeux hagards
En sentiments irraisonnés et destructeurs :
De mon errance j'ai oublié le hasard.

Beau Démon, comme tu as embrassé mes lèvres
Tu as embrasé mes rêves de la passion
De l'Enfer : mon ultime illumination.

Souillée, détruite et aimée, histoire éphémère...
L'Amour commence par un Pacte dans le sang,
Et sans cesser d'aimer, j'ai épousé Satan.




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# Posté le lundi 27 octobre 2008 12:38

Spleen

Spleen

L'Ennui...

Ennemi des grands Hommes
Un génie l'a nommé Spleen. C'est une belle appellation pour un mal aussi écrasant.



Spleen...

Douceur et tragédie...

Lente agonie de l'âme...

Pourriture de l'esprit fécond...

Spleen !
Je te hais ! Je te hais pour l'emprise que tu as sur mon c½ur. Je te hais pour le dégoût que tu m'inspires ! Je te hais parce que tu détruis ce que j'ai bâti jusqu'ici !
Tu noircis les plus beaux tableaux de ton poison, tu changes les plus belles mélodies en hymnes monotones à ta gloire, tu transformes les livres censés inspirer le rêve en routine illusoire. Plus rien ne m'attire, plus rien n'a de sens, et seules demeurent l'absurdité de mon existence, mon insoumission à la vie et ma haine contre toi.

Toutefois, il existe des mots qui te résistent ! Des paroles à la beauté immuable ! Des images nées d'ailleurs qui échappent à ton influence sordide ! Il existe un pouvoir capable, sinon de te vaincre, de te combattre jusqu'à l'épuisement de mes forces et mon abandon total à toi.
Le Pouvoir des Mots.
Une simple légende pour certains.
Une nouvelle raison de vivre pour moi.
Un nouveau combat pour demeurer debout et faire face à la vie.

Spleen !
Tu ne me fais pas peur, je ne serai jamais seule contre toi car mes alliés sont immortels. Poètes et artistes, vaillants protecteurs, savants professeurs, sont à mes côtés et sur ma table de nuit pour m'assister dans ma tâche.

Spleen !
Spleen...
Je sais que nous avons un long chemin à parcourir ensemble. Étrange paradoxe : si tu me détruis, tu ériges de mes lourdes et solides fondations un édifice bien plus fragile et raffiné, quelque chose de terriblement précieux, de dangereusement délicat... Comme si de l'immense enceinte de pierres massives qui me protégeait jaillissait une tour de verre miroitante au soleil naissant, resplendissante de sa beauté éphémère, ou de son immortelle présence.

Spleen !
Je t'aime et je te hais à la fois.
Car, propulsée par toi, j'atteindrai l'infini des nues ou je sombrerai dans la folie, avec ton reflet au fond des yeux.

# Posté le mercredi 29 octobre 2008 06:05

Modifié le mercredi 29 octobre 2008 06:52