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Nuit d'hiver


Strasbourg. 12/12/08

____Il est aux environs de 22h30. Il fait nuit noire et nous sommes seuls dehors. Le couvent surplombe une falaise abrupte. À l'aplomb, une route sinue plusieurs dizaines de mètre en contrebas. Nous avançons silencieusement le long des remparts fortifiés, un parapet nous protégeant de l'appel du vide. Les ténèbres nocturnes sont repoussées par un éclairage artificiel: au sol, de grandes dalles lumineuses éclaboussent les murs de lumière dorée.
____Le brouillard descend de la montagne et recouvre les environs de son opacité. La neige épaisse tapisse l'allée en une couche égale et immaculée. Elle absorbe le bruit de nos pas, de nos souffles qui s'échappent de nos bouches en buée blanche. Au-dessus de nous, une tour domine le bâtiment. Et sur cette tour, une statue surgit de la brume, comme une apparition fantastique. Un géant de pierre illuminé, le bras tendu vers la vallée noyée par la mer de brouillard. Grâce à l'éclat des lampes, on distingue les mouvements vaporeux et les ondulations éthérées de la marrée blanche. Le flot nébuleux envahit la terrasse comme les vagues jaillissent sur la côte et inonde les passants. Nous nous faisons happer par cette étrange houle. Dans l'océan fantasmagorique, une île apparaît, noire et déserte, presque inquiétante: le sommet qui nous fait face, autrefois illuminé par la pâle neige.
____Dans le ciel obscur, la Lune est parfaitement ronde. Elle scintille d'un pur éclat argenté, et semble éclairer à elle seule toute la voûte céleste. Autour de l'astre, quelques bribes de nuages flottent, tels des fantômes égarés. On aperçoit l'Epée d'Orion et d'autres constellations. Les étoiles brillent comme jamais, refusant l'occultation importune et concurrençant la souveraine éhontément.
Le nez perdu dans les nues, on aperçoit une bouche, un menton, des yeux, dessinant un mystérieux visage céleste dans les ombres des nimbes astrales.
____Un pressentiment oppressant accélère ma respiration. La peur commence à nous envahir. Je regarde derrière moi avec suspicion, croyant déceler une présence insolite. Mais l'unique marque témoignant d'une quelconque vie que j'aperçois est l'empreinte de nos pas dans la neige épaisse. Plus que la crainte, l'excitation de cette aventure imprévue fait battre mon c½ur. C'est une nuit à lycanthrope téméraire, à vampire assoiffé de sang chaud, à moine démoniaque. C'est une nuit d'hiver, blanche et mystérieuse.
____C'est une nuit de poète. Où tout ne tient qu'à un fil. L'équilibre précaire entre réalité et imaginaire, le rêve éveillé. Nos cauchemars se cachent dans la brume, se terrent dans la neige, se dissimulent derrière chaque angle de ces murs. Le c½ur bat la chamade tandis que la raison tente de combattre la panique.
____J'ai envie de rentrer, j'ai froid. Mais quelque chose me retient. Le mystère d'une nuit d'hiver...

# Posté le jeudi 05 février 2009 14:56

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